Librement inspiré de « 20 000 lieues sous les mers »

Nadia, le secret de l'Eau Bleue débute de manière très conventionnelle. Jean, un inventeur français de génie de 14 ans se rend à Paris lors de l'exposition universelle de 1889 pour participer avec son oncle à un concours d'aviation. Son regard croise alors une jeune fille noire à bicyclette Nadia. Il la rejoint sur la tour Eiffel et tente plus ou moins maladroitement de la draguer. Malheureusement pour lui, la jeune fille a un caractère bien trempé et n'a qu'une envie fuir le cirque qui l'a élevée pour aller en Afrique pour y retrouver ses origines. Elle possède une pierre bleue qui se met alors à clignoter quand 1 chasseuse de trésors et ses 2 sbires tentent de la lui dérober. Après quelques péripéties, Jean finira par sauver Nadia et lui propose son aide pour l'emmener en Afrique.

Ce postulat de base des 2 premiers épisodes est trompeur car la série passe alors pour un dessin animé d'aventure plutôt gamin façon Conan, le fils du futur (par ailleurs très hautement recommandé si vous ne l'avez pas vu). Alors que comme l'indique son générique (au moins en VO) , Nadia est une adaptation libre d'un des plus célèbres romans du grand Jules VERNE : « 20 000 lieues sous les mers ». On pourrait même parler d'adaptation très libre, tant à part la présence du capitaine Nemo, du Nautilus et le scénario de certains épisodes sont réellement en commun avec le livre.

Toutefois on retrouve très souvent l'influence de Jules VERNE que ce soit au niveau de l'ambiance ou de la narration. Ainsi, Nadia est une série au cœur duquel la science est ultra présente. L'action se situant en 1889, beaucoup de technologies (le Nautilus par exemple) utilisées sont futuristes pour cette époque et cette avancée de la technologie ne sera jamais neutre. Distillant de ci de là quelques explications scientifiques (n'oublions pas que le héros est un inventeur passionné de sciences) , la série est baigné dans ces élements qu'on retrouve dans le romans de VERNE.

Mais revenons, là où nous avons laissé nos héros, sur le chemin de l'Afrique. La série va ensuite les entraîner dans une histoire largement plus complexe que ce que le début laisse entrevoir. Une aventure ou plutôt une guerre entre 2 factions où Nadia et sa pierre bleue vont jouer un rôle central. En dire plus serait vous gâcher la surprise de la découverte même près de 20 ans après.

 

Embedded….

Elément majeure de son ambiance et excellent choix scénaristique a été l'idée qu'à la série de ne quasiment jamais quitter ses personnages principaux. Divisant ainsi la série en plusieurs périodes en fonction des aventures de ses héros. Ici pas question d'histoires parallèles ou de multiples point de vues, l'on est dans la plus pur tradition de l'anime d'aventure. On suit ainsi nos héros pas à pas ce qui rend l'identification très forte et surtout ce sentiment de vivre l'aventure avec eux. Les coups du sort, les séparations en sortent renforcés et surtout beaucoup plus percutants pour le spectateur.

Car des coups du sort il y en aura. Excepté un problème de rythme dû essentiellement à un manque de budget en milieu de série, Nadia est une série rudement bien écrite. Le fil rouge global tient ainsi en haleine durant l'intégralité de la série et les révélations donnent lieu à des épisodes de très haute qualité. On retiendra notamment l'épisode 22 où grâce à un jeu de mise en scène parfait, la pluie de révélations se voit présenté de façon magistrale en mêlant flashbacks, drames, larmes et suspens. Même remarque pour l'épisode 35, qui porte le même nom que la série, qui sait lui aussi excellemment jouer avec les couleurs, les plans et les silences.

 

 

 

Gags, couteaux suisse et philo.

Au-delà de sa trame principale, Nadia possède ses thèmes récurrents. Si certains sont plutôt classiques comme le rôle et la responsabilité de la science et des technologies Nadia entretient une relation avec les thèmes de la mort, de la vengeance et des guerres très particulières. Thèmes durs mais récurrents, ils sont abordés de façons différentes et la série pose des questions peu évidentes : qu'est ce que la mort ? Comment la faire comprendre aux enfants ? Le sacrifice de vies peut il être légitime ? Quelles responsabilités en tant de guerre ? tout en n'oubliant pas de parler du thème de la science dont Jean découvrira également la responsabilité qui incombe aux inventeurs. Tant de questions abordées sur lesquelles je reviendrais dans un prochain billet.

Mais tout n'est pas sérieux dans Nadia, l'humour via des personnages comme Marie ou Attila (King en VO) tient une bonne place dans la série. Attila le lionceau a des attitudes très humaines et représente un gag permanent. Il n'est pas rare de le voir trainer dans un coin de l'image faire le pitre. De plus la présence de l'espiègle Marie, fillette recueillie par Nadia et Jean, étonnamment mature pour ses 4 ans ou de la bande à Gladys assure le spectacle. Le caractère bien trempé et obstiné de Nadia et ses relations avec Jean sont aussi une grosse source de gags tant les 2 personnages sont à l'opposé l'un de l'autre. D'ailleurs, ce (vieux) couple principal est un (preque trop) beau symbole tant il est la représentation d'une guerre universel entre les tenants de la nature contre la technologie. Caricatural, cette opposition va même jusque dans leur caractère (Jean étant reservé et optimiste, Nadia pessimiste et semblant perpétuellement en colère), certes mais efficace. A noter aussi l'efficacité du « méchant » de service, aussi intelligent que cruel, il est l'incarnation du dictateur n'aimant la science que pour le pouvoir qu'elle lui apporte et ressortant à l'envie quelques thèses d'extrême droite concernant notamment la supériorité d'une race sur une autre.

    

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Nadia, le secret de l'Eau Bleue est donc un chef d'œuvre pas pour son audace ou son caractère révolutionnaire mais parce qu'il s'agit d'une œuvre complète extrêmement bien maîtrisé en quasiment tout point et étant capable d'apporter un humour et un sens de l'aventure devenu bien rare en accompagnant cela d'une épaisse couche de messages plus dramatiques et de questions importantes. Certains regretteront peut être que sa fin, aussi maîtrisée et aboutie soit elle, ferme toutes les portes mais Nadia n'est pas Evangelion et il faut savoir accepter que l'aventure se termine même si il est difficile de lâcher des héros qu'on a suivi de bout en bout.

Belle et grande aventure de 39 épisodes, œuvre profonde et foncièrement attachante, Nadia le secret de l'Eau Bleue fait partie de l'âge d'or de la Gainax et demeure toujours aujourd'hui, 18 ans après sa sortie, comme un représentant de ce que la japanime a pu faire de mieux.