Pour raconter ma petite vie, ça fait treize ans que j’achète des mangas. Eh bien ça fait autant d’année que j’entends les « professionnels » pleurer sur la situation en France. Franchement ? Est-ce qu’ils sont les mieux placés pour donner un avis objectif sur la question, sans que derrière ne se cache leurs propres intérêts personnels ? La France est devenue le second pays consommateur de BD Japonaise et leurs ventes représentent (dernier chiffre que j’ai entendu), presque la moitié des ventes de bandes dessinées. Plutôt cool pour un truc qui se porte mal depuis toujours. Franchement, je pense que le problème se trouve ailleurs. Et certaines réponses se trouve dans le même magasine, quelques pages plus loin.

Quand je suis arrivé à la page des sorties du mois, je me suis amusé à compter combien il y en avait. Ben pas loin de 77 chroniques, juste pour le mois de Mai. Et encore ! Si on compte ceux qui n’ont pas été chroniqués, on monte à plus de 100 mangas. Nan mais sérieusement… Prenez un ancien (un très ancien) numéro d’Anime Land, et si vous voyez déjà plus de 25 critiques c’était beaucoup. Le marché n’est pas saturé, il est noyé. Nous sommes passés de 3 éditeurs principaux à 14. Et avant chacun luttait pour avoir les meilleurs titres. Maintenant il y a gravement de tout et n’importe quoi.

Alors vous me direz : DONC le marché est saturé ! Il y a trop de sorties ! Non, c’est comme dire qu’il y a trop de livres qui sortent. C’est pas la question. C’est surtout qu’il est fini le temps ou les ventes de, quasiment, tous les bouquins étaient rentables. Maintenant y’a trop de trucs. Alors comme bon nombres de livres, il faut accepter de publier des trucs qui ne se vendront pas, cesser de voir le manga comme un simple produit à vendre mais bel et bien comme une œuvre. Le nombre de livres publiés par ans est considérable. Le nombre de livres qui rapporteront de l’argent est minuscule. Le manga c’est pareil : y’a des titres qui marchent et d’autres pas. D’ailleurs il faudrait cesser de vendre le manga sous l’étiquette « manga ». Je m’explique : la plupart des éditeurs se contente de sortir leurs bouquin sans cibler le public, du coup il n’est pas rare de retrouver un manga limite érotique juste à côté d’un truc pour des gosses. Le redac’ chef d’Anime Land se vantait que le public Français était pas comme le Japonais : les garçons lisent des Shojos, les filles de Shonen et un adulte va lire des trucs d’ados… Oui c’est bien qu’on ne se soit pas arrêté à des classifications qui ne nous concernent pas vraiment (vu qu’elles ne correspondent pas à notre culture). Mais dans ce cas, faisons les nôtres ! Un fan de manga n’aime pas TOUS les mangas. Nous avons tous des trucs qu’on déteste et des trucs qu’on apprécie dans l’Art. Je vais pas voir n’importe quel film parce que c’est un film. Bah la c’est pareil. Le marché se noie dans une absence de clarté. Et quand t’arrives dans le rayon manga, bah si t’es pas un spécialiste, t’es paumé. Nous ne somme pas dans les codes de la BD occidentale : le dessin ne classifie pas une œuvre. Allez jeter un œil à la couverture de This Ugly and Beautiful World chez Glénat ! Une jolie fille dans un champ de tournesol. J’ai cru que c’était un Shojo ! PERDU ! C’est un Seinen avec sang et tripailles ! Commencer à bien rayonner les bouquins et faire un vrai boulot d’éditeur et cibler ses lecteurs… Ca manque cruellement au manga.

Reste les critiques. Eux sont là pour nous dire ce qui est bien ou pas. Car, oui un avis est purement subjectif. Mais c’est essentiel ! Une chronique bien faite devrait vous dire, même si elle est négative si telle œuvre est susceptible de vous plaire ou non. C’est pour dire « Ca on aime parce que tel point est original, graphiquement c’est comme ça… etc », et même pour être méchant « C’est nul car c’est repompé sur ça ; le scénario est incohérent ». Vous allez me dire que vous savez ce qu’est une critique. Oui mais dans le monde du manga y’en a pas ! A ce niveau oubliez les Otakus, quand on est passionné à l’extrême, on fait de piètres critiques. Les sites ne vous aideront pas non plus. Un manga : 200 avis différents. Et comme ce sont des anonymes, vous ne saurez jamais si la personne qui parle a des goûts synonymes aux vôtres. Alors certes, on peut en trouver à force de chercher, mais que de temps perdu !

Il manque de véritables chroniqueurs dans le monde du manga. J’en prend encore Anime Land : je crois n’avoir jamais lu autant de superlatifs de ma vie. C’est d’un niveau Otaku : « Excellent ! Incontournable ! Indispensable ! Splendide ! Une Tuerie ! Enorme ! Culte »… Merci les mecs, j’ai appris pleins de nouveaux mots, mais je sais toujours pas quoi acheter. Non seulement il n’y a aucune façon de savoir dans quel genre se classe l’œuvre mais en plus c’est tellement cire pompes qu’on a du mal a y croire. D’autant que les rares titres qu’ils n’aiment pas, c’est soit dit d’une façon gentillette, soit c’est la critique facile « c’est nul à se taper la tête contre le mur » (Et pourquoi? Ah parce que c’est nul ! Pardon j’avais pas compris). Il n’y a aucune ligne éditoriale : On aime le manga, alors on aime forcément de tout. Bah désolé, moi je lis 60 critiques ultras positives, j’ai pas confiance et je peux pas me payer les 60.

Critique de Sumommo (hahaha) : «à crever de rire ». Oui mais pour qui ? Moi j’ai trouvé ça déplorable et eux ils disent incontournable. Ca veut dire qu’on n’a pas les mêmes goûts ? Bah si, tous les mangas que j’aime sont bien chroniqués également ! Mais alors quoi?! Je suis perdu ! On a l’impression qu’ils n’osent pas se mouiller de peur que des fans mécontents boycottent leur revue parce qu’ils ont été méchants avec leur manga préféré ! Ben c’est leur boulot bordel !

Tout ça donc pour dire quoi ? Qu’a mon avis le manga, ça va merci de s’en soucier. Et maintenant qu’il n’y a plus l’excuse de la persécution du manga en France, il faudrait se bouger les fesses et bosser comme des vrais éditeurs, de vrais journalistes et que les Otakus ne dégagent pas une image arriérée et négative (« On ne comprend pas notre passion ! », nan c’est juste que écouter le générique de Candy à 30 ans, ça craint c’est tout). Ce bordel, ce sont eux qui l’ont foutu. Mais ce n’est que ma vision.

Quant à moi je continuerai à en lire et à faire des chroniques hyper gratuites parce que je trouve ça marrant ! Je ne m’inquiète pas. Le manga c’est pas prêt de disparaître.

Chevalier Shakka

NB de Nemo : Animeland a traité le volume 17 de Tsubasa Reservoir Chronicle "Du sang et des larmes. Trop c'est trop" ou un truc dans le genre. J’ai pas racheté depuis ce qui est quand même plus une faute de goût qu’une vraie critique journalistique.